Ossan

Publié le par MP



    Ca y est! j'ai fini mes 3 semaines de cours de Russe. Et donc... les premières impressions sont excellentes! Même si je dois admettre qu'entre déclinaisons, structure des phrases légèrement à l'est du Français, une valise de nouveau vocabulaire à retenir, la prononciation roucoulante, j'y pige pas encore grand chose.

    Pour ceux qui me connaissent (personnellement) mais auxquels je ne l'avais pas dit, je vous prie de bien vouloir m'en excuser et je m'en justifierais en disant que j'avais peur de laisser tomber dans le cas où ça ne m'aurait pas emballé. Jusqu'ici tout va bien, je dois juste tenir la route en attendant le train.

    Dans l'ensemble, les trois semaines ont été très enrichissantes, tant pour la langue que pour le bref aperçu sur le système éducatif japonais qu'il m'a été offert de voir. Par le passé, j'avais déjà eu l'occasion de passer quelques journées de formation au sein de Japonais. J'en sortais généralement mal à l'aise à cause de l'absence de participation et l'interactivité qui était limitée à sa plus simple expression. L'expérience réitérée sur une longue période n'a fait qu'aggravé mon opinion.

    Avant d'aller plus loin, je tenais à ouvrir une petite parenthèse.Je peste et en même temps j'adore. En fait, je LES adore (j'aurai bien aimé ajouter "mes japonais", mais 130 millions de personnes à s'approprier ça fait beaucoup pour une ménagerie et puis il faut être au dessus du lot, en temps que gaijin parasite c'est inconcevable). On continue?

    Entre notre vénéré enseignant et les enthousiastes élèves, les leçons se sont enchaînées dans une ambiance de folie. Tel une représentation de théâtre Noh, l'acteur unique se déplaçait en décrivant l'action. Il rhytmait ses interminables monologues par des "vous avez des questions?" qui n'étaient bien souvent que des effets de transition.

    En général la pièce était bonne et comme le théâtre classique, la règle des trois unités réglait l'ensemble de notre affaire. Le lieu est confiné à la salle de cours de l'institut décatie de langue russe de Tokyo dont la probable grandeur passée a mal vieilli (qui sait? l'armée rouge japonaise y a peut être tenue des réunions secrètes). Le temps, c'était 2h30 de pur plaisir a savouré la longue tirade de notre Don Diègue local. L'action, elle, toute à son honneur et grâce au jeu de notre personnage principal et qui se résume par un slalom entre les bureaux et les crashs test dummies qui y sont attablés (dont je faisais partie).

    L'acteur principal est un prototype de "ossan" (ce qualificatif désigne la plupart des hommes japonais qui ont entre 40 et 60 ans), un mélange hétéroclite d'érudition, de crâne dégarni qui n'a plus la patience d'écouter les babillages des plus jeunes, vêtu d'une veste bleu électrique, d'un pantalon gris et qui déambule tel un empereur déchu chaussant des tongues en plastique (les fameux slipaa de l'anglais slipper). Ce n'est malheureusement pas lui sur la photo en tête de l'article, mais les deux spécimens étant assez similaires, j'ai pensé que ça vous donnerait une idée.

    De l'autre coté du ring, les élèves qui jouent le rôle des spectateurs. Car on est au Japon et jouer un rôle c'est tellement plus simple que d'être naturel (surtout quand on se cantonne à de la figuration). Ils ne décrochent pas un mot. Ils font ce que l'on attend d'eux et ont bien souvent banni le mot initiative de leur vocabulaire. En fait, ces "initiatives" pourrait entraîner des conséquences imprévisibles comme par exemple blesser l'autre.

    Une fois la représentation terminée, les spectateurs, sans doute abasourdis par le jeu de scène, disparaissaient sans un bruit pour réapparaître le lendemain.

    Les 3 semaines se sont égrenées dans un calme olympien, chacun rejouant les gestes et attitudes probablement répétés sur les bancs des écoles. Le prof récite, les élèves font mine d'être studieux, et (presque) tout le monde est satisfait.

    J'en arrivais parfois à me demander si ma présence n'avait pas un effet inhibiteur. J'avais même envie de suivre le cours via une caméra cachée pour voir s'ils sont plus dégourdis quand on les laisse jouer entre eux.

    Et malgré tout ça, j'ai passé de très bons moments qui ont probablement été exaltés en contraste avec la médiocrité du quotidien. Si je me permets de remettre en cause la méthode du sensei, j'ai par contre eu l'agréable surprise de lui parler à bâtons rompus après les cours et d'approcher le coté humain du personnage. Il m'a parlé de sa Russie, comme je vous parle d'ici. Une sorte de visite dans les coulisses, en somme. Ca tombe bien car je vais me coucher.

 
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Publié dans iroiro

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O
chapeau bas
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C
Oubli. Comment ça s'écrit Ossan en russe pour le dire ?<br />
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C
Excellent! ton article, je ne peux pas dire que je n'ai pas de nouvelles... Dans ce sympathique portrait souriant et jovial se dégage une pointe d'ironie.Très réussie la photo.
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H
C'est vrai, d'une très haute tenue littéraire. J'en reste coi. Pour en revenir à la photo, et histoire d'abaisser un peu le niveau, le monsieur ressemble à ce qui serait une espèce de Raymond Calbuth japonais (pour ceux qui ne connaissent pas, un exemple de planche au http://www.bedetheque.com/index.php?S=3585). Je n'abuse pas trop?
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K
tres beau post...
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